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La liberté c’est nager dans la mer, droit devant soi, en se donnant pour but l’horizon.

C’est ce que je me disais toujours quand j’arrivais dans cette station balnéaire du Languedoc-Roussillon. Il faut dire que le rivage était un peu trop bétonné à mon goût. « C’est déjà bien », me disaient mes parents,  « c’est déjà bien de pouvoir partir en vacances au bord de la mer, tu veux quoi de plus ? »

Moi, ce que j’aurais voulu, c’est partir loin, ailleurs, sans eux, sans mes frères et sœurs, sans cette caravane dans laquelle on s’entassait et où on entendait le père ronfler toute la nuit. J’avais obtenu de dormir dans une petite tente, seul, malgré mon petit frère qui était prêt à me donner toutes ses billes pour passer une nuit avec moi.

Je lisais les aventures de Tintin à la lampe de poche, tu vas te bousiller les yeux me grondait le paternel quand il sortait pisser la nuit  et surprenait la lumière tremblotant sous la toile de tente. J’éteignais, de toute façon il fallait économiser les piles. Le lendemain matin j’étais réveillé par les cris de mes frères et sœurs et par la mère qui nous appelait pour le petit déjeuner. Puis nous allions tous à la plage en troupeau, et là je nageais, nageais, nageais, sans regarder derrière moi, les yeux piquée par le sel, jusqu’au ponton, pas l’horizon, l’horizon j’avais pas le droit.

Aujourd’hui je nage dans une mer chaude des Caraïbes, un transat et un cocktail m’attendent sur la plage de sable blanc et je loge dans un bungalow tout confort les pieds dans l’eau. Mon père est mort, ma mère végète dans une maison de retraite avec son Alzheimer et je ne vois plus mes frères et sœurs. Je ne me suis pas marié et je n’ai pas eu d’enfants, j’ai toujours privilégié ma sacro-sainte indépendance.

Je nage dans une mer chaude des Caraïbes, droit devant moi, et je sens que je vais bientôt toucher l’horizon.

Mais qu’est-ce que je m’emmerde.

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