Samedi matin, tu crains le pire : on t’a annoncé des suppressions de train à cause d’un mouvement social local, des travaux, auxquels sont venues s’ajouter in extremis les « fortes chaleurs » (il fait 26 degrés). Puis non, le RER (court, certes) se pointe benoîtement sous le soleil matinal de juillet, et tu montes dedans. Tu serais presque guillerette si une petite voix ne te disait pas que tu vas passer ta journée enfermée alors qu’il fait enfin beau et qu’on dirait que tout le monde part en vacances. Tant pis, tu le prendras ce midi, le soleil.

Un couple monte avec un petit garçon d’environ trois ans, tout émerveillé de prendre le train. Regarde, là, papa, un autre RER, on va à Paris, on arrive bientôt, oh un TGV, et là c’est quoi ?

Le père, poivre et sel, dégarni, jean, tee-shirt, la quarantaine avancée, acquiesce, répond, sourit, fait des bisous à l’enfant. La mère, jolie métisse lookée assise face à eux, la trentaine-qui-se-prend-au-sérieux, ne regarde pas trop le petit, occupée à lire un magazine dont tu ne vois pas le titre et à faire part à son compagnon de ses réflexions. Je connais ce cocktail à base de jus de citron avec du piment de Cayenne et du gingembre, j’en avais bu un matin ça m’avait. Et puis tu as vu celui aux carottes avec du piment aussi, le piment et le gingembre ça marche bien ensemble. Pause. Ah, par contre, ils disent pas de café pas de thé pas d’alcool. Quand même. Elle enchaîne sur les diètes à la mode et là tu comprends, surtout quand tu vois le visage affolé du gars.

Le train passe au dessus du canal de l’Ourcq, la femme lève la tête, s’adresse enfin à l’enfant, oh regarde Antoine regarde le canal, c’est le canal de l’Ourq, de l’Ou-r-cq, regarde, sous le pont – un-der the brid-ge.

Après le bridge tu descends, vaguement amusée et vaguement navrée pour Antoine.

 

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