10616141_10202709222352364_4596211441585582005_nCette journée, cette semaine, ce mois, cet été sont difficiles. Lourds. Pesants.
Tu aimerais que l’été finisse, pour qu’en finisse aussi ce poids qui te tire
vers le fond.

Et pourtant. Pourtant tu continues, tu souris, tu aimes, tu détestes, tu
pleures, tu ris, tu travailles. Tu vis.

Et tu reprends les transports en commun.

Dans lequel tu as croisé un couple. Jeunes – petite trentaine – vautrés sur les
sièges en vis-à-vis, les godillots poussiéreux de la fille sur le siège d’en
face, les grandes jambes du barbu croisées sur le côté, son coude droit appuyé sur un pack de kro. Lui en polo, jean bien coupé, coupe tendance, elle blouson de cuir noir, lunettes, rouge flashy, vernis écaillé, grosses bagouzes dont une noire, un cercle sur lequel ils se sont mis à disserter, après qu’elle a dit : «Je suis fatiguée» et lui «Tu as vu, heureusement que je n’en ai pas pris de trop» en désignant le pack de kro. Qu’il a poussé poliment quand une dame s’est assise, en même temps que sa main se posait sur le jean noir de la fille.

A Saint-Lazare tu les as quittés sans regret, vaguement amusée, vaguement
énervée , tu es descendue dans les entrailles du RER et tu as entendu le piano.
Un jeune homme jouait, et il jouait bien. Au lieu de courir vers ton train tu
t’es arrêtée, un peu planquée derrière un grand type qui écoutait, et tu es
restée là, jusqu’à ce que le grand type s’en aille et que le musicien retire son
pull pour être à l’aise. Tu es passée derrière, discrète, et tu as écouté
encore, bientôt entourée par un petit groupe enhardi par ton audace et la
musique. Tu es descendue loin dans la musique et dans ton désordre intérieur, tu l’as posé et des larmes douces ont perlé.

Le jeune homme a fini le morceau, bravo, quelques applaudissements, et tu es
partie, t’éloignant en douceur de ce bain de musique.

Tu n’as pas osé demander le nom du morceau.

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