De mes transports amoureux dans cette ville de caractère il ne restait rien, aucune histoire à confier à qui que ce soit. Raconter quoi ? Que mon âme sœur était restée là bas, figée à tout jamais dans mes songes et dans ma mémoire comme une icône, une sirène, une déesse ? Mes voyages m’avaient mené ailleurs, loin, très loin de Saint-Malo dont les remparts sévères montaient toujours la garde. Elle m’était apparue au détour d’un angle, puis d’un autre et puis sur ce canon, dans cette tourelle, mon Dieu comme je l’avais aimée dans cette course folle pour tenter de la rattraper, la toucher, l’embrasser. 

J’avais 18 ans, je venais de Paris et le moins qu’on puisse dire c’est que mon penchant pour elle et pour cette ville que je trouvais froide et venteuse n’avaient pas été spontanés. Nous habitions chez une tante, vieille malouine acariâtre détestant les anglais qui baguedenaient sur les remparts, arrivant ici comme en terrain conquis dans des ferrys ventrus. Ma petite anglaise était arrivée sur l’un d’autre eux, avec ses parents, et la tante leur avait loué une chambre à son corps défendant, autrement dit elle avait besoin d’argent. 

Sandy était froide, anglaise, parlant un français maladroit que je ne comprenais pas, mais je m’ennuyais tellement qu’il me parut bientôt naturel d’arpenter les remparts avec elle et les goélands criards. Je me mis à l’aimer comme on aime à 18 ans, sans trop savoir pourquoi, poussé par le désir et l’ennui. Quand la fin des vacances arriva j’étais amoureux d’elle. Elle me laissa une adresse, je l’oubliais, laissant son souvenir enfoui dans un coin de ma mémoire. 

Jusqu’à ce jour où son souvenir me revint au détour d’un passage dans cette ville, petite sirène immobile n’ayant jamais quitté mon cœur.

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