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Jeudi, 12h01
Elle sort de son agence, tailleur noir, talons hauts, il fait beau, elle s’échappe vers le parc, une salade, un bouquin, une heure rien que pour elle. Elle est partie vite, a échappé aux collègues, aux clients, il est encore tôt et elle espère trouver un banc au soleil pour y abriter son plaisir déjà un peu coupable. Elle retire sa veste, met ses lunettes de soleil, s’assied et commence à lire en picorant sa salade.

Jeudi, 12h05
Il sort de son centre social, jean usé, tee-shirt noir, il fait chaud, juste un nuage ou deux, échapper pour une heure aux gamins, une bière, un sandwich achetés vite fait au troquet du coin, il voit un banc, une fille au bout, se pose à l’autre extrémité, décapsule sa canette, boit une gorgée, lève la tête, regarde le soleil jouer à travers les nuages, ferme les yeux et respire.

Jeudi, 12h15
Son Blackberry sonne, l’interrompant dans sa lecture. L’horizon s’assombrit, elle aurait du le couper. Elle retire ses lunettes de soleil d’un geste agacé, regarde le numéro, c’est son boss, elle hésite, laisse sonner, le mec qui s’est assis à côté lui jette un regard noir, elle s’en fout, il fait déjà moins beau, elle va rappeler le boss. Elle frissonne et remet sa veste.

Jeudi, 12h20
Le portable de la blonde en tailleur a sonné, elle aurait pu le mettre sur vibreur, ces filles là ne respectent rien. Il l’observe du coin de l’œil, elle hésite, laisse sonner, puis rappelle, il va devoir se farcir la conversation et il n’y a plus un seul banc de libre. Il la regarde de travers, finit sa canette et jette un rot sonore. Le ciel s’assombrit et la fille raccroche, elle a l’air énervée, il sourit.

Jeudi, 12h30
Elle essaye de reprendre sa lecture, n’a plus faim, son boss l’emmerde, ce mec dégueulasse l’emmerde. Après sa bière il a mastiqué son sandwich à grand bruit et jeté le reste à des pigeons bien gras qui tournent autour du banc. Elle déteste les pigeons. Un gros nuage noir vient cacher le soleil, un coup de tonnerre, son portable sonne à nouveau.

Jeudi, 12h40
Il n’a pas réussi à la faire partir la petite bourge, et la revoilà avec son portable, elle parle et elle parle et le saoule. Il fait lourd. Il allume une cigarette, le vent qui se lève envoie toute la fumée vers elle. Elle raccroche, soupire ostensiblement en chassant la fumée d’une main agacée et se tourne très légèrement de l’autre côté. Jolie nuque. Il éteint sa cigarette et sent la première goutte tomber.

Jeudi, 12h45
Elle vient de raccrocher, il commence à pleuvoir et elle a envie de pleurer. Elle sent le regard de l’autre posé sur son dos. Un éclair traverse le ciel. Il est temps de rentrer.

Jeudi, 12h46
Elle s’est levée et il l’a regardée partir, jolies jambes, pas son genre mais elle a quelque chose. Le banc est à lui mais il pleut. Il la suit, entrevoit son visage lorsqu’elle pousse le portique et s’aperçoit qu’elle pleure. Il a le sentiment de s’être comporté comme un con.

Jeudi, 13h
Elle est à son bureau, l’orage est passé, elle a eu l’impression que le mec du banc la suivait. Demain, s’il fait beau, elle retournera déjeuner au parc et ne prendra pas son portable.

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