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Lorsque le rêve surgissait il se couvrait de sueur et elle pouvait presque sentir sa peur s’insinuer en elle. Il s’agitait, grinçait des dents, marmonnant des mots indistincts qu’elle ne comprenait pas. Il arrivait parfois qu’il se mette à crier. Au début, elle le prenait dans ses bras mais il se débattait et avait même une fois tenté de l’étrangler, lancé dans une bataille imaginaire. Elle l’avait giflé et il s’était réveillé en pleurant. Elle n’avait pas voulu en faire toute une histoire, elle l’aimait, mais elle avait commencé à avoir peur de lui. Il ne voulait pas lui raconter son rêve, disant qu’il ne s’en souvenait pas. Elle avait laissé la porte de la chambre ouverte pour pouvoir s’en aller plus vite lorsque le rêve s’insinuait entre eux. Elle finissait la nuit dans le salon en essayant de ne pas entendre les bruits de plus en plus étranges qui venaient de la chambre. Ses nuits ne semblaient plus être qu’une rivière déchaînée sur laquelle voguait les sombres réminiscences d’un passé dont elle avait l’impression de tout ignorer. La 807ème nuit elle ne s’enfuit pas assez vite et il tenta de la violer. Elle le repoussa de toutes ses forces mais il fallut se battre, il était devenu enragé. Pour la première fois il ne sortit pas de son rêve et la poursuivit jusque dans le couloir. Elle sortit de l’appartement en hurlant, claquant la porte violemment derrière elle. Des portes s’ouvrirent, des voisins sortirent, elle restait recroquevillée sur le palier, en état de choc.

Un voisin sonna à la porte de l’appartement, l’homme ouvrit et dit « Ne vous inquiétez pas, ma femme est somnambule, je m’en occupe ».

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