Mots-clefs

Il tourne et tourne encore dans le dédale des rues désertes de cette banlieue minable, même son GPS semble perdu et ne trouve pas la ZUP des Prairies Vertes. Il arrête sa voiture, coupe le moteur et se prend la tête entre les mains. Comment en est-il arrivé là ? Comment arrive-t-on à cinquante ans en ayant foutu toute sa vie en l’air ? Elle n’était pourtant pas si mal sa vie, quand il y pense. Il éclate en sanglots, là, seul dans sa BM et dans la nuit. Pas une lueur, les nuages ont caché le faible clair de lune.

Il se calme un peu. Attrape dans la boîte à gant ses cachets et en avale deux, d’un seul coup, sans eau. Ça lui arrache la gorge et lui laisse un goût dégueulasse dans la bouche. Mais au bout d’un quart d’heure, il se sent suffisamment calme pour reprendre la route et trouver la salle communale où se tient la réunion. Sa dernière chance. Jusqu’ici rien n’a marché. Le dernier psy qu’il a vu l’a fichu à la porte en lui donnant l’adresse de cette association. Il roule prudemment, abruti par les cachets qui commencent à faire leur effet et aperçoit enfin une lueur au loin. C’est bien là, au 807 allée des chênes. Il se gare. Le trac monte malgré les molécules chimiques.

Il ouvre la porte du local. Les autres sont déjà arrivés, assis en cercle sur des chaises en plastique, et le regardent entrer. Celui qui doit être l’animateur l’accueille d’un sourire, lui désigne une chaise vide et l’invite à se présenter avant de s’asseoir.
– Bonjour, je m’appelle Éric et je suis huitcentseptophilique.

Publicités