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30 janvier 2010.

Nous sommes dans l’avion qui nous ramène de notre mission. Retour de l’enfer. A intervalle régulier je m’endors, épuisée, puis je me réveille en sursaut, la tête pleine d’images qui défilent  sans jamais s’arrêter. Des corps. Des ruines. Des corps. Des ruines. Des corps, des corps, des corps…Jusqu’ici je n’avais pas eu le temps d’y penser, prise dans l’action, dans l’urgence, obéir aux ordres, déblayer, sauver, aider, dormir, un peu, puis recommencer. Je me demande si un jour je pourrai oublier ces images, on dirait qu’elles ont été  marquées au fer rouge dans  ma mémoire. Je tente de me rendormir, la tête posée sur l’épaule de mon camarade et un petit visage vient se juxtaposer sur ces visions d’apocalypse.

Un petit visage de toute petite fille, dix-huit mois peut-être. J’étais là quand on l’a sortie des décombres de ce qui était peut-être sa maison .Elle a tendu un poing vers le ciel, levé la tête et souri. Elle était belle, belle au milieu de toute cette horreur, belle comme un ange, belle comme une survivante. Elle affichait un sourire de vainqueur, un sourire défiant Dieu et l’univers tout entier, un sourire espoir, un sourire rage de vivre. Cette petite fille semblait porter dans ce sourire tout l’espoir du monde au milieu du chaos.

Je ne sais pas ce qu’elle est devenue, j’ai du courir vers une autre urgence, mais je n’oublierai jamais ce sourire qui n’effacera jamais l’horreur mais viendra se poser comme un calque sur mes souvenirs.

Je me rendors enfin, et je pars vers son rêve.

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