Mots-clefs

Le chat d’écrivain  est une espèce à part, une sorte d’élite dans un monde félin  déjà considéré à l’unanimité comme le must de la gent animale. A ce titre, nous avons jugé utile de publier ce mémo à l’attention de tous les chats, qu’ils soient aspirants chat d’écrivain ou chats d’écrivain confirmés, afin de rappeler quelques règles essentielles à la réussite de leur carrière. Un chat d’écrivain se doit de bien choisir son maître. L’écrivain devra être choisi relativement névrosé, mais pas trop. Il ne s’agit pas de se faire adopter par un illuminé qui finirait ou tard à l’asile et renverrait le chat directement à la case SPA. L’écrivain devra être confortable. Le chat va passer de longues heures sur ses genoux pendant qu’il essaiera d’écrire. L’écrivain devra être  patient. Il devra résister à l’envie de passer le chat par la fenêtre quand celui ci lui réclamera sa pâtée juste au moment où il aura enfin trouvé une idée. L’écrivain devra être suffisamment agréable à regarder. Le chat va passer de longues heures à l’observer dans les affres de la création, heures pendant lesquelles l’humain risque de grimacer, suer, voire pleurer. Si en plus il est moche cela deviendra rapidement insupportable pour le félin qui est un esthète dans l’âme. Si le maître qu’on lui présente ne lui paraît pas approprié, le chat  ne devra pas hésiter à manifester son hostilité par force feulements, grognements et autre poils hérissés, quitte à mordre ou griffer si l’humain insistait. Une fois le maître écrivain dûment sélectionné le plus dur va commencer car il va falloir le conserver, et si possible l’aider à évoluer dans sa carrière d’écrivain.

Pour ce faire, le chat devra éviter de le déranger pendant qu’il écrit, sauf en cas d’extrême urgence (à savoir s’il a faim, froid, ou s’ennuie). Le chat devra se faire discret. Il est  préférable qu’il ne divulgue pas les écrits de son maître à ses relations félines, encore moins qu’il s’en moque, même si ce qu’il a écrit ressemble à du pipi de chien. Cet humain fait ce qu’il peut, c’est un être fragile, écrivain qui plus est. Le chat devra rester digne, et ce, quelles que soient les circonstances. Si son maître en panne d’inspiration s’en prend à lui et le traite de tous les noms il devra résister à l’envie de se venger en détruisant son manuscrit sous peine de divorce immédiat. Il suffira de lui tourner le dos et de bouder obstinément. Et ce, jusqu’à ce que l’écrivaillon s’excuse, ou que le chat ait trop faim. Si l’apprenti écrivain devient  un auteur à succès, sa vie va changer et le chat va devoir l’accompagner au mieux dans sa fulgurante ascension.

L’écrivain va donner des réceptions au cours desquelles il va recevoir beaucoup de nouveaux amis qui vont empiéter sur le territoire du chat.  Il ne s’agira pas pour autant de se laisser marcher sur les pattes. Le chat devra insister pour que son maître prenne un appartement plus grand (après tout il est riche à présent) et lui fasse aménager une petite pièce rien que pour lui afin qu’il puisse s’isoler après avoir fait acte de sa gracieuse présence pendant quelques minutes. Le chat devra également accepter de prendre la pose pour des séances photos parfois interminables mais  se pliera de bonne grâce à cet exercice tant il sera fier de figurer en première page des Magazines Littéraires auprès de son écrivain de maître. Toutes ses relations félines en seront ébouriffées de jalousie. Si le maître parvient à décrocher le Prix Nobel  ce sera l’apogée de leur carrière à tous les deux et le chat sera parfaitement préparé s’il a pris soin de suivre à la lettre tous les conseils prodigués dans ce mémo.

Nous espérons qu’il aura eu autant de plaisir à le consulter que nous en avons eu à le rédiger.

Confrérie des Chats d’Ecrivain.

Publicités