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Eh bien voilà, le grand jour était arrivé.

Nous nous retrouvions tous les trois à l’aéroport, un peu perdus, un peu stressés. Nous nous étions levés au milieu de la nuit pour tout vérifier une dernière fois, le passeport, les visas, et avions pris la route pour Roissy. Cela ressemblait beaucoup à un départ en vacances, tellement semblable à ceux que nous avions vécu ces vingt dernières années. 

La première fois que notre fils avait pris l’avion il avait six ans. Fasciné par le ballet incessant des appareils au dehors il s’était montré impatient d’embarquer. Le vol avait été un enchantement pour lui : les crayons de couleur et les bonbons offerts par l’hôtesse de l’air, le plateau repas, et par-dessus tout la visite de la cabine avec le commandant de bord. 

Depuis ce jour il avait toujours aimé les voyages et rêvé de découvrir le monde. Aujourd’hui il décollait vers l’Australie pour aller y finir ses études et nous ne le reverrions pas avant plusieurs mois.

Notre petit garçon était devenu un homme. 

Après un dernier au revoir il disparut dans la salle d’embarquement et nous nous retrouvâmes plantés comme deux idiots au milieu de l’aéroport. Il était temps de rentrer à la maison. 

Une fois que nous fûmes arrivés, j’allais m’étendre dans la chambre, la nuit avait été courte et je ressentais le besoin de m’isoler un peu avec mes pensées. Face à moi, accrochée au mur, une photo encadrée semblait me regarder… 

Une journée lumineuse de mars, pas encore le printemps mais la fin de l’hiver.

Le soleil joue en transparence à travers les rideaux, diffusant une lumière douce comme du satin. Au dehors les oiseaux commencent à bruisser en douceur, il est dix heures du matin. Tout est calme et serein. La housse de couette fraîchement repassée sent bon le propre. Ses couleurs pastel aux tons roses et verts rappellent comme un écho celles de la nature qui commence à s’éveiller. Il fait encore frais mais il y a dans l’air comme une promesse. Le bébé vient de se réveiller de sa sieste matinale, je l’entends gazouiller dans la chambre d’ à côté. Je vais le chercher et le sourire qu’il m’offre en me reconnaissant me fait fondre de tendresse. Je le prends dans mes bras et j’enfouis mon visage dans son cou, m’enivrant sans limite de son odeur chaude et sucrée. J’ouvre grand la fenêtre pour laisser entrer le printemps et je l’emmène dans ma chambre où je le pose doucement sur le grand lit.  Je m’allonge près de lui sur la couette baignée de lumière et nous restons là, dans notre tranquillité que rien ne semble devoir troubler. Le temps coule, limpide et pur comme une source, entre veille et sommeil. Je reviens progressivement à la conscience en même temps que le bébé qui s’agite doucement près de moi. Je me lève et le regarde bouger et se tourner sur le ventre, sa petite tête penchée sur le côté, les yeux ouverts, l’air rêveur  -à quoi rêvent les bébés- ? La lumière joue doucement dans ses cheveux blonds et duveteux. Je prends doucement l’appareil photo posé juste à côté et je saisis ce pur moment de grâce.

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